MOBILISATIONS
18/05/20
Pour des Lendemains Heureux : contribution Nanterre

Michel Duffour revient dans cette tribune sur l'urgence à tracer, face à la crise que nous traversons, un chemin crédible et rassemblé vers le changement de civilisation que les épreuves actuelles rendent incontournable.


Après cette pandémie, rien ne sera plus comme avant ! La formule est désormais rituelle. Tout le monde y a recours et Macron n’a pas été un des derniers à l’utiliser. Mais la formule est vide de sens. Il est vrai que la vie et les décisions ne reprendront pas totalement à l’identique. Le choc aura été bien trop brutal. Mais le meilleur comme le pire sont possibles. Tout dépendra de ce que les femmes et les hommes y mettront.

Dans le clair-obscur entre l'ancien et le nouveau

Les facteurs d’optimisme ne manquent pas. Notre peuple à l’évidence possède des ressources pour prendre en mains son avenir. Les gestes magnifiques de solidarité jaillissent d’un peu partout. Des activités jugées subalternes sont mises à l’honneur. Dans une situation tragique, nos valeurs républicaines d’égalité et de fraternité demeurent incontournables. Les premiers de cordées n’ont plus la cote. ll est devenu difficile de traiter d’archaïque la défense de la sécurité sociale ou de l’hôpital public. L’aspiration à remettre l’humain au centre de tous les enjeux apparaît extrêmement forte.

Néanmoins rien n’est joué. Sarkozy avait bien annoncé en 2008 la fin du capitalisme financier. Les multinationales vont se redéployer. On sait d’ores et déjà que les grands groupes du numérique sortiront renforcés de l’épreuve. Le nouveau monde d’après le coronavirus peut aggraver tous les traits négatifs du monde d’avant. Des millions de citoyens seront demain sans emploi, accablés financièrement, voire affamés. La frange la plus modeste des travailleurs indépendants sera lessivée. Quelques idéologues libéraux commencent à pointer leurs nez. Le chantages à l’austérité, l’appel aux égoïsmes, le repli individuel, le recours aux passions nationalistes vont aller bon train.

Que sera le proche avenir ? Une course de vitesse est engagée et son issue sera lourde de conséquences.

L'exigence d'un changement de civilisation

Deux visions du monde totalement différentes vont s’affronter. Soyons modestes et conscients que nous avons nous-mêmes beaucoup à travailler. Nos aînés communistes avaient su être inventifs aux lendemains de la Résistance. Ils ont été en cela admirables mais notre fidélité exige que nous fassions d’aussi grands efforts dans un monde totalement différent. Nous sommes face à un capitalisme financier en bout de course, miné par l’explosion des inégalités et par la conjonction de crises planétaires, sociale, sanitaire, environnementale, climatique et démocratique. Notre discours doit essayer de porter un profond changement civilisationnel, redonnant du sens au en commun, défendant la justice sociale accompagnée d’autres finalités dans la production, la consommation, les échanges, la participation des citoyens et la coopération entre les peuples.

Ce sera sans aucun doute un effort de longue durée car les vieilles habitudes ont la peau dure et les forces de l’argent ne manquent pas de moyens de diversion et de corruption. Beaucoup de choses se joueront à court terme. Des forces ultra-réactionnaires prendront la place si une politique vraiment de gauche ne regagne pas au plus vite la confiance des Français. Il n’y aura pas en ce domaine de miracles. Outre un discours ouvrant des perspectives fortes d’avenir, deux conditions sont nécessaires pour gagner ce soutien actif que nous n’avons plus : premièrement faire preuve d’un soutien sans faille à toutes les revendications qui permettront aux citoyens de mieux vivre, parfois même de survivre ; deuxièmement affronter les prochaines échéances électorales dans un climat d’unité. Ces deux conditions vont de pair. L’absence de réponses dans un cas est fatale à l’autre.

La responsabilité des communistes

Les militants communistes ont une grande responsabilité. Nous prouvons une nouvelle fois notre capacité à être au plus près des gens lorsque le pays traverse une grave crise sociale. Nous ne sommes pas seuls heureusement dans les manifestations de solidarité qui se déroulent dans le pays mais chacun sait que les communistes y prennent une grande place. Le contact que le Parti a su conserver avec une partie des milieux populaires est sa grande richesse. C’est un atout pour la gauche. Nous avons à poursuivre nos efforts en ce domaine, nous rendre utiles, épouser les saines colères, les relayer dans les institutions. La prochaine période sera rude socialement. Le Parti doit se placer aux avant-postes de la résistance.

La justesse de nos positions au regard des échéances électorales sera tout autant décisive. La machine électorale va incessamment se remettre en marche. La plupart des grandes métropoles ont à boucler le second tour des municipales. En mars prochain se dérouleront les échéances départementales et régionales et dans moins de deux ans les présidentielles. Ces dernières, décisives dans le mécanisme de la 5ème République, seront sans aucun doute durant des mois un grand moment de joutes oratoires. On sait d’expérience l’atteinte à la bonne santé démocratique que représente cette personnalisation outrancière du débat électoral. Ceci étant dit, il est stupide de vouloir l’ignorer. Les luttes et la vie du pays ne sont pas suspendues à une échéance électorale mais à moins de tomber dans un activisme à œillères, mieux vaut s’y préparer.

Les défis face à nous

Cette question a provoqué moult débats chez les militants communistes. Le dernier congrès a pris position sur le sujet. Je pense que nous aurions tort de nous retrancher derrière ses décisions sans ouvrir de nouveau la réflexion après l’arrêt prolongé que le pays aura subi et les attentes de clarté et d’efficacité qu’aura l’opinion publique. D’ici quelques mois, le petit jeu des personnalités présidentiables va reprendre. Il ne manquera pas de gens candidats à incarner les rêves de la gauche. Cette course à l’échalote est mortifère. Les communistes peuvent certes s’en désintéresser pour se préparer à présenter leur candidat. Le résultat de ce choix sera tout autant désastreux. Je pense que dans un cas comme dans l’autre, n’en naîtrait aucun souffle permettant aux forces de gauche d’exister. Leurs divisions seraient même au regard de ce que nous vivons une faute fort longue à assumer. Ces élections présidentielles seront le théâtre de grands choix engageant notre société. Les élections européennes se prêtaient à des choix partidaires. Pas l’échéance de 2022.

Ma position est claire. Elle n’est pas nouvelle pour ceux qui me connaissent. Je ne suis pas un chantre de l’unité à tout prix et sans contenus. La direction communiste devrait en concertation avec partis et personnalités se réclamant d’une gauche transformatrice élaborer une plate-forme ouvrant la perspective d’une toute nouvelle politique Puis la mettre dans un second temps en débat avec des centaines de milliers de citoyens dûment répertoriés durant un an. Ce seraient ces citoyens et eux-seuls qui deviendraient les garants de la désignation du ou le candidate et la base militante donnant à la campagne une dimension conquérante.

Inutile de dire que mon propos ici n’a pour but de nourrir une polémique. Nous avons mieux à faire pour affronter les vents adverses mais réfléchissons pour que dès l’automne ne revienne pas en force la mécanique désespérante des concurrences désespérantes et sans issues.