MOBILISATIONS
10/01/15
Hommage Charlie Hebdo : Discours d'Elsa Faucillon samedi 10 janvier à la Federation

Chers camarades,

Je sais que vous comprendrez aisément que ce moment ne puisse être le même que les années précédentes.
2015 commence sous le signe de l’horreur et de la barbarie.
Tout nous paraît si différent depuis 72 heures.

72h, depuis que nos amis, nos camarades, des journalistes, des créateurs, des agents de police ont été abattus froidement, un à un, en pleine conférence de rédaction par des forces de la terreur. Ils ont commis un crime barbare, des meurtres politiques qui laissent des familles endeuillées, nous les assurons de notre profonde compassion. 72h de terreur continue. Nos condoléances, notre solidarité vont également aux proches de la jeune policière municipale de Montrouge abattue le lendemain et à celles des personnes décédées hier lors d’une prise d’otage que certains ont osé appeler le dénouement !

C’est une culture de liberté, d’égalité, de fraternité, c’est la liberté d’expression qu’ils ont voulu faire taire. Charlie Hebdo est un journal clairement engagé à gauche, à l’esprit libertaire et l’humour profondément humaniste. Pouvoir publier les dessins de Charb, de Wolinski, de Tignous, de Cabu ou d’Honoré en rire ou les critiquer est partie intégrante de la République. Pouvoir publier et débattre des chroniques de Bernard Maris aussi.

C’est la république, ses valeurs, ses lumières, sa laïcité, qu’ils ont voulu assassiner par cet attentat.
Car les kalachnikovs visaient aussi très clairement la fraternité humaine, l’esprit de débat, la culture, l’envie de s’émanciper, tout cela au nom d’un projet terroriste et obscurantiste.

Cet acte effroyable a fait des centaines de milliers de personnes blessées dans leur chair et leur humanité. Des blessés qui très vite, sans même que l’effroi ait véritablement laissé sa place, ont réagi par des mobilisations massives, dignes et pacifiques. Nous appelons à continuer et à amplifier ce formidable mouvement citoyen lors de la marche républicaine de dimanche à 15h, Place de la République, qui s’annonce d’ores et déjà gigantesque. Soyons déterminés à faire peuple commun, peuple libre et fraternel. Dans l’appel à manifester que nous avons rédigé avec le FDG, nous appelons à marcher pour la liberté, la liberté d’expression, en refus de tous les racismes, pour l’égalité, pour une laïcité émancipatrice et la liberté de conscience.

Rappelons que les forces qui prônent l’exclusion et la xénophobie n’y ont pas leur place à commencer par le FN. Nous condamnons toutes les tentatives d’assimiler les musulmans de notre pays à ces actes terroristes.

Le responsable de la mosquée de Gennevilliers affirmait hier dans un interview « notre démocratie permet à chacun d’exprimer ses convictions. Que vive la liberté de parole. On ne peut remplacer celle-ci par des instruments de morts sans quitter les bornes de l’humanité ».


Debout, nous sommes debout pour rendre hommage à nos amis impertinents, des amis qui en 1983 lançaient une pétition contre le FN.

Debout, inlassablement nous allons combattre les fauteurs de division, les fabricants de bouc émissaires et d’humiliations, qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, la crise sociale pour une crise d’identité, la lutte de classes pour une guerre de religion.

Debout pour une autre civilisation humaine contre la loi du plus fort, de l’argent qui écrase tout, de la soumission des femmes au vieil ordre patriarcal, de la haine de l’autre et des valeurs obscurantistes

Debout, pour la culture de paix, contre la haine de l’autre dans ce monde producteur de violences et de haines pour dire qu’il n’y a pas de fatalité à ce que nos sociétés, le monde d’aujourd’hui soient les champs permanents de la division, du sectarisme, du racisme, de l’antisémitisme, de la peur et du terrorisme. 

Debout aujourd’hui pour dire que la République n’est pas morte, puis très vite debout pour lui donner, redonner le sens nécessaire à son potentiel émancipateur.

D’autant que nous le savons des récupérations terribles vont se déchaîner, elles ont d’ailleurs déjà commencées, pourtant en plein deuil national. Marine Le Pen appelant à un référendum sur la peine de mort. Merci et bravo au responsable de Podemos, Pablo Iglesias pour sa réplique « ce n’est pas la peine de mort ou la haine mais la justice qui rend un peuple fort et libre. C’est la France qui nous l’a appris » dit-il.  Le Premier ministre grec Antonis Samaras en campagne pour les législatives a lui opéré mercredi un rapprochement entre l’attentat contre Charlie Hebdo et les propositions sur la politique migratoire de Syriza qui dit-il « encourage l’immigration illégale ». Nous sommes solidaires avec la formation présidée par Alexis Tsipras, et nous aurons à trouver ces prochains jours les gestes politiques utiles à incarner cette solidarité avec celles et ceux qui se battent contre l’austérité, pour que s’achève un ordre établi qui a enfoncé les peuples dans la pauvreté, le chômage, l’indignité. Nous prendrons très vite de nouveaux rendez-vous pour envisager comment mener les mobilisations à venir cette année.

Je ne peux m’empêcher de reprendre les mots du poète et responsable d’un grand réseau de résistance, René Char qui écrit « à chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir ».

Oui, nous avons l’impérieuse nécessité d’être les complices de l’avenir, d’en faire de nouveau partager le goût. Nous sommes et nous devons rester, ici et dans le monde, les combattants de la liberté et de la démocratie, de l’amour de l’humanité, de la mise en commun et du partage, de tout ce qui permette de répondre enfin aux attentes des peuples, en terme de développement, de dignité, de souveraineté et d’égalité.

Partout, dans les villes du département, citées ces derniers jours dans les médias à de trop nombreuses reprises, nous devons résister et agir pour continuer à y faire grandir cette détermination à faire peuple commun, à refuser cette terrible idée du choc des civilisations, à échanger avec les populations, dont souvent les réactions nous émeuvent, parfois nous inquiètent, légitimement. Le défi est immense pour dire toutes et tous ensemble nous sommes la France, nous sommes la démocratie, la laïcité.

Je pense aujourd’hui à nos amies Rojbin, Sakine et Leyla, trois dirigeantes kurdes, qui ont été assassinées il y a deux ans, le mercredi 9 janvier 2013, par des forces obscurantistes dans leur bureau à Paris. Des camarades sont actuellement à la marche exigeant que justice leur soit enfin rendue. Oui partout, nous devons résister et agir contre la barbarie, pour l’avenir de l’Humanité.

L’Humanité, l’ami de Charlie, le journal sort un numéro exceptionnel ce dimanche qui sera vendu 1€ et dont les recettes seront reversées à Charlie. Oui, il faut que vive Charlie Hebdo et que vivent tous les créateurs et producteurs d'humour, de critique sociale, d'insolence politique... notre démocratie et nos libertés d'expression et de pensée ont besoin d'esprit critique.

Vous l’aurez compris, si je dois formuler des vœux communs, ils sont ceux évoqués plus haut, une réponse par une salve d’avenir, un avenir debout pour que beaucoup d’autres relèvent la tête. J’ai conscience de la concision de mon propos, je ne souhaite pas être plus longue aujourd’hui. Nous avons besoin de beaucoup échanger, se rassembler, je vous propose de commencer dès à présent dans un moment que nous souhaitons à la fois respectueux et fraternel.